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Calderon
de Pier Paolo Pasolini

Paris / 2005-06-03
Catherine Umbdenstock
Pauline Zurini


 

la Mise en scène

des accents de tragédie grecque

Comme dans les tragédies antiques, Pasolini mêle, dans sa pièce, politique et poétique, interroge la démocratie et notre rapport à la liberté, à la mort.
Un curieux personnage, ce « Speaker », jeté là comme une passerelle entre réalité et fiction. Un passeur, un « bonni menteur », un bouffon, qui aura sa place en avant-scène, directement face au public comme un guide ouvrant les portes d’un monde à l’autre… Un chef de chœur, accompagné par une chorale de comédiens, qui fait entrer petit à petit le spectateur au cœur de la fable : là où les personnages se rencontrent et se croisent, où les nœuds dramatiques se font et se défont sans cesse, où l’héroïne, seul point de gravité, est perdue au milieu d’une foule hostile, emportée par un tourbillon…
Une fable dans laquelle les personnages sont comme des pantins, manipulés par une instance supérieure, impénétrable, presque divine… le Pouvoir.
Le Roi Basilio, incarnation même de cette autorité, trône aux côtés de ses deux serviteurs, ses deux anges démoniaques semant la misère et la mort sur leur passage. Ces deux gardiens de la « dictature » ou de la « démocratie », peu importe…, seront interprétés par les mêmes comédiennes tenant le rôle des Mères aristocratiques : ce « trio » de l’ancienne génération semble comploter et saboter l’avenir des nouvelles générations. Ces figures toutes-puissantes sont traitées comme des apparitions appartenant à une réalité supérieure et inaccessible. Elles adoptent un jeu décalé et abstrait, dans un espace irréel, souligné par la présence d’une musique originale.

l’Histoire comme toile de fond

C’est la grande tragédie de l’Histoire, celle des peuples, celle du fascisme (sous Franco et Mussolini - et bien d’autres-), celle aussi des utopies avortées. Une Histoire qui se perpétue de génération en génération. Une Histoire sans fin, une jeunesse qui reproduit les catastrophes passées.
Dans ce véritable cycle infernal, un même comédien pourra interpréter plusieurs personnages : des identités brouillées, des individus métamorphosés, des cartes redistribuées. Et toujours le même résultat.

une tragédie intime

C’est là qu’une autre dimension se dévoile : la tragédie intime d’une femme, au centre d’un conflit qui fait se rencontrer les forces du destin et celles du pouvoir contre l’individu refusant de se soumettre. Elle tente de se battre contre l’autorité parentale puis conjugale, contre le destin qui lui fait aimer son père et son fils, et surtout, tente de lutter contre elle-même. Refus des identités imposées. Elle échappe à la réalité, à Sa réalité, grâce aux rêves, ce monde de l’intemporalité et du non-espace. Et le rêve démasque la réalité, il est le lieu où les désirs et les passions, même les plus tabous, peuvent prendre forme. Mais il n’y a aucun endroit où l’on puisse jouir entièrement de sa liberté. Le rêve, aussi bien que la réalité, est un espace dans lequel l’individu est enfermé et aspire à la délivrance. Rosaura est en quête d’un autre lieu où l’on pourrait se réveiller.
Ni bourgeoise, ni pute, elle se trouve ou se re-trouve finalement dans la souffrance et le néant, face à la mort, au milieu d’un camp. Elle sourit. Un sourire à la place des larmes, un sourire en réponse à la réalité, ce champ de bataille et de révolte… un sourire plein de la Conscience qu’il existe des maîtres et des esclaves, des bourreaux et des condamnés, des bourgeois et des exclus …

une tragédie anachronique et actuelle, une tragédie intemporelle et infinie

Et nous avons la Poésie et les Images comme armes pour s’allier à l’éternel combat de Pasolini contre toutes formes de fascisme.

Catherine Umbdenstock et Carole Alter

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